Page 28 - Gardiens des Cités Perdues

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—
Alors pourquoi est-ce qu’on se cache ? chuchota-t-elle
d’une voix qui, à sa grande irritation, tremblait un peu.
—
Nos vêtements. On est habillés comme des humains, or
ils sont bannis des Cités perdues. En particulier ici, à Lumenaria,
le carrefour où se rencontrent tous les peuples : gnomes, nains,
ogres, gobelins, trolls…
L’esprit épuisé de Sophie refusait d’imaginer les êtres qu’il
énumérait. Elle préféra se concentrer sur une question plus
importante.
—
Pourquoi avoir rejeté les Hommes ?
Il lui fit signe de le suivre jusqu’à un rocher qui offrait un
meilleur abri. Ensemble, ils se tapirent derrière.
— 
Ils nous ont trahis. Les Anciens Conseillers leur ont
pro­­posé le même traité qu’aux autres créatures intelligentes, et
les humains l’ont accepté. Puis ils ont décidé qu’ils voulaient
dominer le monde… comme s’il leur appartenait ! Ils ont
comploté pour préparer une guerre. Les Anciens, qui refusaient
par principe la violence, ont rompu tout contact avec eux. Ils ont
interdit à quiconque d’approcher les Hommes, qu’ils ont laissés
maîtres de leur destin. Beau résultat, d’ailleurs !
Sophie, qui avait ouvert la bouche pour défendre son espèce, la
referma aussitôt. Ce point de vue pouvait se comprendre : guerres,
famines, criminalité… la liste des maux humains était sans fin.
Et puis… pouvait-elle vraiment y penser comme à son
espèce ? Si Fitz ne lui avait pas menti, elle n’était même pas des
leurs. Cette idée la glaçait jusqu’aux os, bien plus que le vent froid
qui lui rosissait les joues.
—
Après notre disparition, les histoires colportées par les
quelques humains que nous avions fréquentés ont dû sembler
complètement irréalistes à leurs descendants. C’est de là qu’ont
germé les légendes un peu folles que tu connais. Mais la vérité,
tu l’as sous les yeux, Sophie.